Le « Assis! » dans l’éducation canine

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« Je m’assois pour toi. Te lèveras-tu pour moi ? »

Dans bien des situations, le chien se retrouve face à la commande « assis ! »

De manière générale, il est très vite jugé de têtu, désobéissant, bête ou encore dominant si il n’y répond dans les secondes qui suivent.

Mais si nous changeons notre perspective et que nous nous plaçons du point de vue du chien, cette habitude a-t-elle réellement un sens pour lui ?


Interrogeons-nous :

Que peut-il y avoir de caché dans nos intentions derrière cette demande redondante ?

Et quel impact le « Assis ! » peut-il avoir sur nos compagnons canins?

De toute évidence, une grande part de conditionnement* réside dans cet acte imposé. Autant du coté du chien que du coté de l’humain.

*Le conditionnement est un processus par lequel un comportement est déclenché par un stimulus artificiel. Exemple avec l’expérience du Dr Pavlov; le son d’une cloque associée au repas du chien le fait saliver.


D’où nous vient cette habitude ?

Dans notre vie quotidienne, nombreux sont les modèles d’autorité qui influencent notre rapport au chien. Des dessins animés, films ou séries TV, aux pubs pour croquettes, en passant par le club qui se réunit les dimanches… Dans toutes ces images, l’humain se montre supérieur au chien, d’une manière ou d’une autre. Que ce soit par l’autorité (le chien qui répond aux ordres), ou sous de faux-semblants d’amitié (le chien qui donne la patte, rapporte la balle ou fait le beau pour nous complaire…), ou encore la soumission par la récompense (le chien qui répond à une demande en échange d’une friandise). Tout nous emmène vers cette idée que pour bien vivre ensemble, l’humain doit avoir un contrôle total sur son animal.

Le rapport de supériorité à l’animal est inscrit partout.

Il arrive que certains d’entre nous répètent cet exercice parce qu’il nous a été recommandé par un livre, un site internet, un ami voire même un professionnel.

Le « Assis ! » est entré dans les mœurs.

Je ne peux m’empêcher de penser à l’expression « Asseoir son autorité ». Je crois que c’est littéralement ce que nous cherchons à faire en faisant s’asseoir notre chien à tout bout de champs. De manière consciente, ou non. Le chien lui, ce grand cœur qui bat à nos pieds, fait tous les efforts du monde pour convenir à nos attentes. Dès son arrivée dans nos foyers, il doit déjà faire fi de ses instincts pour apprendre une panoplie de nouvelles habitudes humaines: Faire ses besoins dehors, porter un collier, dormir ou nous le décidons, manger quand nous le voulons et bien sûr, s’asseoir quand nous le demandons.

Dans la posture de ce chien, on peut observer qu’il se lèche la truffe et a la patte antérieur levée; Il exprime un mal aise.

Le schéma éducatif le plus répandu

Dans le schéma éducatif le plus répandu, le rapport au chien s’articule autour de la fermeté, de l’autorité et de l’obéissance.

Mais le tout dans la douceur nous dit-on ! C’est que ce qui s’appelle ; le dressage de chiens. Et au dressage, lorsque nous exigeons de notre compagnon canin une certaine posture, une certaine attitude, nous cherchons à avoir le contrôle, le pouvoir sur notre ami. Il doit obéir !

Dans ces valeurs traditionnelles, il n’y a pas de place pour les émotions, l’écoute, la confiance, la coopération, le choix. Non, tout est ordre et réaction aux ordres. Et si ça ne marche pas, on nous dit alors que notre chien est dominant et qu’il nous faut être encore plus ferme, plus autoritaire… sous risque que notre chien prenne le contrôle sur nous.

La question est simple : dans quelles circonstances a-t-on besoin que notre chien soit assis ?

Lorsqu’on l’attache ?

Avant de traverser une route ?

Avant de lui donner sa gamelle ?

Lorsque nous croisons un autre chien ?

Lorsqu’on lui essuie les pattes ?

Et si nous faisions tout ça avec un chien debout ? Parce que finalement, ce n’est pas un chien assis que nous voulons dans ces moments-là, mais un chien calme !

Et cela est tout à fait possible sans pour autant imposer le « assis ! ».

Concrètement, le chien ne comprend pas cette démarche. Ce qui a du sens pour nous, n’en a pas forcément pour lui. Ces demandes insensées pour lui génèrent donc du stress, de la tension, qu’il déchargera à sa manière quelques instants plus tard… Ou qu’il emmagasinera avec les autres choses qu’il endure sous notre regard aveugle.


L’impact physique.

Grâce au professeur Martin S. Fischer, spécialiste du corps du chien et de ses mouvements, nous savons que la posture assise n’est pas confortable pour lui. Cela va même jusqu’à provoquer des douleurs physiques. En effet, cette position n’est pas naturelle pour lui. Les chiens qui s’assoient de leur propre chef le font pour réaligner leurs cervicales avec le reste de la colonne vertébrale. Cela peut se produire lorsqu’ils hument l’air ou qu’ils observent quelques choses. 

La position assise imposée (progressivement automatisée chez le chien du fait de la régularité de la demande, de sa fréquence et de sa durée), quant à elle, engendre des crispations musculaire et force sur les différentes articulations des membres postérieurs.


Comment souhaitons-nous considérer notre chien ?

Il est temps de sortir de nos héritages culturels et de redessiner notre vision de l’animal. À commencer par celui qui vit au plus proche de nous.

Le canis lupus familiaris, alias le chien, est infiniment plus capable qu’on ne le pense. Pourquoi lui demandons-nous de s’asseoir, alors que ses capacités cognitives, émotionnelles et sensorielles renferment un si grand potentiel?

Un chien qui ne s’assoit pas à la demande n’est pas un chien qui nous lance un défi dans l’idée de nous destituer de notre position de chef. Il n’élabore pas un mode de pensée subversif. Il vit dans l’instant, et ne nourrit pas de projet machiavélique à notre encontre. Il réagit de manière naturelle et instinctive aux stimuli du quotidien.


Trop tard ? Trop tôt ?

Sachons le, il n’est jamais trop tôt, ni jamais trop tard pour faire autrement. Il est donc toujours temps de mettre en place une relation différente. Les seules limites sont celles que nous nous imposons. Quel que soit l’âge, le tempérament, le passé ou la race de notre chien. Qu’il soit petit, grand, moyen, frisé ou pas, une relation de confiance et d’écoute est possible. Il nous suffit de reconsidérer notre rapport à l’animal et d’aller à sa rencontre.


Par où commencer?

Pour vous aider à mieux connaître et à mieux comprendre votre chien, je vous invite à vous rendre sur la page Les livres de Wouf et l’Actu de Wouf.

L’Ère Du Chien est à votre écoute pour vous aider à améliorer votre relation avec votre chien.

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2 Responses

  1. Mamattus

    Avec les chiens de Pavlov, on comprend un peu mieux le processus qui agit derrière l’effet placebo, par le phénomène d’association : aller voir le médecin = aller mieux. Le conditionnement a aussi ses effets toxiques, on peur parler à l’inverse de l’effet nocebo et des nombreuses phobies ayant pour origine un apprentissage « pavlovien ». L’industrie (agroalimentaire notamment) use beaucoup de ces techniques de conditionnement pour vendre ses produits. Avec l’ajout d’additifs, d’exhausteur de gout et autres agents de textures, ils misent sur la palatabilité d’un produit, en clair d’un produit qui nous fera saliver rien qu’à y penser et que nous nous empresserons d’acheter lors de notre passage au supermarché ! Bref, merci de mettre ce fait en évidence pour nos amis à quatre pattes !

  2. stephane prince

    Beaucoup de vérité, que nous avons du mal à admettre, nous pauvres gentil humains

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